Administrivia
  1. Administrativia
  2. Utiliser et configurer XMonad
  3. Appeler Emacs depuis un navigateur, sous un Debian-like

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(Gabriel Scherer (gasche) @ 2010-07-17 23:40:15)

Les spécialistes d’un sujet comprennent dans l’ensemble très bien que le reste du monde n’est pas spécialisé dans leur domaine. Ce qu’ils ont souvent du mal à comprendre, et essaient de combattre, c’est que le reste du monde ne cherche pas à devenir spécialiste, que ça ne l’intéresse simplement pas.

Dans le monde des hobbyistes de l’informatique, cette stupeur est largement répandue. Je l’ai longtemps partagée moi-même : comment, mon explication claire et simple sur les bienfaits d’utiliser Mozilla Firefox plutôt qu’Internet Explorer ne vous intéresse pas ? Vous ne trouvez pas important de pouvoir étudier le code des programmes qui tournent sur votre machine ? Vous n’êtes disposés à faire aucun effort pour retenir que non, on ne dit pas « je lance Google » quand on démarre un navigateur internet ? Les non-informaticiens sont d’une ignorance profonde, et on dirait qu’ils font exprès : quand on leur donne une occasion de la combler, ils s’empressent de ne pas en profiter.

Pour nous, spécialistes bénévoles persuadés que l’informatique est indiscutablement la voie de l’Homme Moderne, cette situation est intolérable. On fait des efforts pour éduquer, intéresser, faire apparaître l’esprit critique (car après tout, les logiciels libres sont successeurs des Lumières) des pauvres malheureux qui nous entourent.

Attention, la dure révélation arrive : ce contrariant état de fait est normal. Chacun ne peut s’intéresser qu’à un nombre fini de sujets à la fois, et l’informatique (ou tout sous-domaine véritablement passionnant) ne fait pas partie des heureux élus chez les gens qui vous entourent. Ça ne les intéresse pas, ils ne vont faire aucun effort pour apprendre quelque chose dans ce domaine, et ils sont dans leur droit le plus légitime. Si vous les forcez (par exemple en leur faisant utiliser un logiciel élitiste qui les force à comprendre la notion d’arborescence de répertoires), vous êtes une nuisance pour eux. Il faut le comprendre, l’accepter, et digérer.

Et dans le fond, chacun fait comme ça. Moi par exemple, je ne m’intéresse exactement pas aux matchs de basket. Je ne suis la progression d’aucune équipe, je n’ai aucune idée des tactiques utilisées et de ce qui fait l’intérêt du jeu, des joueurs importants, de l’organisation des tournois, etc. Imaginez la déprime du passionné de basket qui essaiera de m’intéresser à ce sport !

Pourtant le sport, comme tous les domaines dans lesquels on peut s’intéresser et se perfectionner, peut fournir des centres d’intérêt sincères, prenants et efficaces. Il y a une scène dans le film récent « Dans ses yeux » où le personnage principal, venu retrouver un ami poivrot dans un bar, assiste à une longue explication d’un des piliers locaux qui est une encyclopédie vivante sur son club de foot préféré; sa passion force le respect.

Plus proche de mon domaine, les questions de matériel informatique m’ennuient mortellement. Je ne veux pas savoir que tel site a publié un comparatif entre le processeur i17 Ultra PowerSafe et le disque SeaShore ESSID 3, et jusqu’à il y a quelques semaines je n’avais aucune idée de la tête d’un cable HDMI ou même DVI. D’ailleurs, dans le domaine spécifique du tuning d’ordinateurs, je suis pire que désintéressé, je suis malveillant : je pense secrètement qu’ajouter un néon bleu à son unité centrale avant de la montrer à ses potes est une activité stupide. C’est mal, et c’est un préjugé que je regrette.

Il y a une idée maintenant bien connue (je m’excuse d’avance si elle est devenue une platitude pour vous) que j’avais trouvée très intéressante quand je l’ai découverte. c’est la « technologie invisible » : une bonne technologie est une technologie qu’on ne voit pas, dont on n’est pas conscient de la présence. Selon cette idée, l’informatique aura vraiment réussi quand les gens auront oublié la présence des ordinateurs qui les entourent, de même que la majorité des gens ignorent complètement le petit monde mécanique situé sous le capot de leur voiture, ou la provenance des aliments qu’ils consomment.


L’administration de mon ordinateur est une activité sur la tangente. En général, elle ne m’intéresse pas et fait partie des nombreuses chose que j’oublie. Mais il m’arrive de m’y intéresser, et alors c’est toujours la frustration qui m’anime. Quand une mise à jour logicielle, nécessaire à priori pour pouvoir jouer avec la dernière version de tel ou tel programme qui m’intéresse, casse mon système, je suis très agacé et j’essaie de réparer ça rapidement.

La frustration qui me pousse à faire le plus d’efforts, c’est celle qui provient des outils que j’utilise. Elle est rampante, la plupart du temps étouffée, mais qui s’échappe parfois et fait des ravages. Elle est suivie par une période de doute, de réflexion et de recherche des alternatives, et s’arrête souvent à ce stade : je perds des dizaines de minutes à chercher ce qui se fait de mieux dans le domaine, et après avoir lu quinze descriptions d’alternatives révolutionnaires, je décide que j’ai la flemme de les essayer, et je repars satisfait pour un temps.

Régulièrement, je passe temporairement à la case suivante : changer quelques trucs. Je publierai ici quelques retours d’expérience, dans l’espoir que ça serve à d’autre, ou que ça les aide à se motiver.